I Am Sober est une application gratuite qui vous aide à reprendre un certain contrôle sur votre vie.
Toute personne ayant assisté à une réunion en 12 étapes connaît le syndrome du nuage rose. Ce terme, forgé par les Alcooliques anonymes, désigne les personnes qui en sont au début de leur rétablissement, généralement pendant la première année.
Les drogues et l’alcool agissent sur le système nerveux central et atténuent les émotions, au point d’empêcher de ressentir quoi que ce soit. La seule exception est bien sûr la « douleur » provoquée par l’absence de la substance consommée habituellement. Ainsi, lorsqu’elles entament leur parcours de rétablissement, de nombreuses personnes aux prises avec l’alcool ou une addiction démarrent avec beaucoup d’élan, souvent après un séjour en centre de désintoxication.
La plupart ressentent de l’euphorie et se trouvent soudain submergées par des émotions longtemps réprimées. Même la tristesse peut avoir un effet « positif » : dans le nuage rose, on se réjouit de pouvoir enfin ressentir une émotion, quelle qu’elle soit.
Le nuage rose est un état d’esprit qui donne l’impression que plus rien ne peut mal tourner et que la vie a changé pour toujours, dans le bon sens. Cet univers fantasmé et irréaliste ne prépare pas une personne en rétablissement aux difficultés qui peuvent l’attendre.
Pour celles et ceux qui ne connaissent pas l’expression « nuage rose », on parle aussi souvent d’« ivresse sèche » pour décrire ce comportement. Cette expression est pertinente, car elle montre également pourquoi le nuage rose peut être néfaste.
Certaines personnes se demandent pourquoi être « trop heureux » serait une mauvaise chose. Dans l’alcoolisme en particulier, le sevrage entraîne fréquemment une complication ( la dépression). Dès lors, comment le fait d’être heureux de vivre sobre pourrait-il être mauvais ? La sobriété est « tendance » et, puisque la consommation d’alcool est tellement normalisée dans notre culture, quelqu’un devrait incarner une vie sobre, heureuse et pleine de plaisir. N’est-ce pas ?
Être heureux de vivre sobre est une bonne chose, mais c’est un engagement pour toute la vie. Le nuage rose crée peu à peu des attentes irréalistes et place la barre toujours plus haut quant à ce que l’on devrait ressentir dans la sobriété. C’est comparable à la « lune de miel » d’un mariage. Quand tout va bien, il semble évidemment qu’aucun problème ne soit insurmontable. Cela favorise un excès de confiance particulièrement dangereux, car il empêche de se préparer aux difficultés.
Vivre dans le nuage rose entraîne inévitablement deux conséquences négatives :
L’impression que l’addiction n’est pas un problème.
La conviction que vous méritez d’être heureux.
Un excès de confiance dans votre sobriété peut vous faire croire que l’addiction n’est plus un problème ou que vous la maîtrisez. Des milliers de personnes vivent sobres pendant des années avant qu’une seule rechute leur coûte la vie. Un cas particulièrement marquant en fournit un exemple ( la mort de Philip Seymour Hoffman ). Après deux décennies de sobriété, Hoffman a connu une rechute qui lui a coûté la vie. L’addiction est un combat quotidien et le risque d’une rechute mortelle reste toujours présent.
Le second point, « la conviction que vous méritez d’être heureux », concerne particulièrement les personnes aux prises avec une addiction, même si, bien sûr, tout le monde devrait pouvoir être heureux. Chez elles, ce sentiment de droit au bonheur peut pousser à rechercher le nuage rose comme on recherche une euphorie. Les expressions « ivresse sèche » ou « planer grâce à la vie » décrivent bien ce comportement. À titre d’exemple, le film de Jim Carrey ( Yes Man ) l’illustre bien.
Le problème survient lorsqu’une personne en rétablissement atteint un point critique ( son premier passage à vide). Quand la sobriété ne rend plus heureux et n’a plus rien d’agréable, les épreuves les plus difficiles commencent. Les personnes prises au piège du nuage rose rechutent parfois dès ce premier passage à vide, car la sobriété perd soudain tout son attrait.
Elles ne se sentent plus bien et abandonnent. Rechercher cette euphorie liée au bonheur est une façon d’anesthésier d’autres émotions ; la personne risque alors d’être moins préparée aux épreuves qui suivront.
Une étude de 2011 a fait le constat suivant ( 85 % des personnes dépendantes rechutent ) au cours de la première année suivant leur séjour en centre de désintoxication. Cette statistique a peu évolué pendant les années qui ont suivi.
Vous n’avez pas à vous sentir coupable ou honteux de vous réjouir de vivre sobre. Il est bon de renouer avec des émotions longtemps restées en sommeil, de sentir que vous êtes sur la bonne voie et que votre vie reprend son cours. Ce qui l’est moins, c’est la vision étriquée qui peut progressivement en découler.
Connaître le phénomène du nuage rose et le taux de rechute aide à modérer ses attentes. Vivre sobre peut faire du bien, mais cela ne devrait pas être la seule raison de poursuivre : des situations difficiles et des passages à vide peuvent encore survenir, souvent indépendamment de notre volonté.
De nombreuses personnes qui ne vivent pas avec une addiction peuvent malgré tout perdre leur emploi et leur logement à la suite de circonstances très malheureuses. Cela ne signifie pas qu’une personne aux prises avec une addiction connaîtra forcément cette situation, mais simplement que des difficultés se présenteront, qu’elle vive sobre ou non.
Les émotions sont passagères. Elles peuvent submerger notre esprit dans un accès de colère aveuglante ou s’attarder pendant une journée morose. L’essentiel est de se rappeler qu’elles finissent par passer. Savourer le bonheur est une bonne chose, mais penser que vous serez toujours heureux serait naïf.
En renouvelant chaque jour votre engagement à vivre sobre, vous vous rappelez que ce défi exige une vigilance constante. C’est un combat quotidien, dans lequel il reste toujours quelque chose à apprendre.
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