I Am Sober est une application gratuite qui vous aide à reprendre un certain contrôle sur votre vie.
Je me souviens que boire était le déclencheur dont j’avais besoin pour faire à peu près n’importe quoi. Une partie de football improvisée, une soirée cinéma, une fête… peu importait, tant qu’il y avait de l’alcool. Même le travail n’était généralement qu’un moyen de financer ma consommation. Cela n’a sans doute pas aidé que mon patron de l’époque nous récompense parfois d’avoir remplacé un collègue en nous achetant de l’alcool. «Si tu peux remplacer Smith vendredi, la Fée de l’alcool viendra te rendre visite.» Je me souviens m’en être vanté auprès de mes amis avant de comprendre que j’étais le perdant dans l’histoire.
Je me rappelle très bien avoir eu la gueule de bois, surtout au travail et particulièrement pendant les services tôt le matin. À 6 h 30, enfiler ma chemise d’uniforme me donnait l’impression d’essayer de faire le poirier pour passer une énorme tête de mascotte sur mon visage. Je me souviens aussi d’être arrivé au travail en pensant avoir la gueule de bois, alors que j’étais encore un peu ivre… et lorsque celle-ci me rattrapait vers midi, tous mes collègues devaient compenser mon manque d’efficacité.
Mais surtout, je me souviens de mon malaise. Je manquais d’assurance à cause de mon apparence lorsque je me retrouvais pris dans une conversation. Je me sentais nu quand quelqu’un me proposait d’enlever mon manteau. J’avais peur de ne pas être intéressant. Toute interaction sociale m’angoissait, et je buvais pour contenir cette anxiété.
Il m’a fallu longtemps pour comprendre que j’étais constamment anxieux, que cela ne s’améliorait pas et que rien ne changerait tant que je n’arrêterais pas complètement l’alcool.
L’alcool n’a jamais anesthésié mes émotions ; il ne faisait que les recouvrir d’une couche de saleté. Cette couche correspondait généralement à mon côté bavard. Elle masquait le flot de mes pensées pendant que je parlais sans m’arrêter, mais dès que mes interlocuteurs s’éloignaient, mon anxiété traversait cette carapace alcoolisée et revenait en force. Elle m’affirmait aussitôt que j’avais eu l’air d’un sale égocentrique qui avait peut-être tenu un propos discriminatoire. Elle me poussait alors à retrouver ces personnes pour m’excuser, mais, même si je le faisais, dès qu’elles repartaient, elle revenait me souffler qu’elles ne m’avaient pas trouvé sincère.
Mon anxiété ne s’arrêtait pas parce que je buvais ; l’alcool réduisait seulement ma capacité d’attention. C’était une forme de fuite, et pas très efficace. Quelle que soit l’issue, ma consommation continuait d’alimenter mon anxiété. Si je pensais m’être mal comporté devant quelqu’un quand j’étais ivre, le revoir une fois sobre redoublait mon anxiété et je buvais beaucoup pour me « cacher ». Si je m’étais convaincu d’avoir été très drôle devant quelqu’un sous l’effet de l’alcool, je me sentais deux fois plus obligé de boire davantage pour faire revenir ce personnage enjoué.
L’anxiété ne cessait jamais. Peu à peu, j’ai compris que, si je voulais faire taire cette voix intérieure qui critiquait chacune de mes interactions, quelque chose devait changer.
Au début, j’ai essayé d’arrêter du jour au lendemain. J’ai cessé de boire et je suis allé à une fête. Je transpirais, je me trouvais malodorant et malade, mais j’ai évité la bière. J’ai tenté d’engager la conversation, mais toute mon attention était accaparée par le fait de ne pas boire et par mon anxiété, qui me paraissait immense. J’avais les joues brûlantes, le cœur battant et la chemise qui me démangeait. La situation devenait insupportable et j’étais prêt à rentrer chez moi, quand quelque chose s’est produit. L’homme avec qui je discutais m’a proposé une bière, et j’ai répondu : «Non, je ne bois pas». Il m’a alors demandé si je conduisais pour les autres, mais je lui ai avoué que non : je voulais simplement aller à une fête et essayer de ne pas boire. Il s’est alors confié. Il m’a raconté longuement, avec beaucoup de réflexion et de bienveillance, comment son frère avait arrêté l’alcool et remis sa vie en ordre. Soudain, je ne m’inquiétais plus de la conversation ni de mon anxiété : j’étais totalement présent. Son histoire me captivait parce qu’elle faisait écho à la mienne, mais je ne monopolisais pas la parole pour autant ; j’écoutais vraiment. J’ai posé des questions, demandé des précisions et accordé toute mon attention.
Lorsque la conversation s’est terminée, j’étais euphorique. J’avais le sentiment de m’être fait un ami et d’avoir appris plusieurs choses qui m’aideraient à rester motivé. Sur le chemin du retour, la voix qui me critiquait sans cesse s’était tue, au point que je me suis demandé si j’avais vraiment passé la soirée sobre. Ce soir-là, mon anxiété avait disparu, et j’ai mieux dormi que depuis des années. Ce n’était pas la dernière fois que je me sentais anxieux, ni la dernière fois que je buvais, mais cette expérience m’a ouvert les yeux. Un autre soir, j’ai essayé de boire une bière tout en accordant toute mon attention à quelqu’un, mais je n’y suis pas arrivé. J’étais tellement absorbé par le fait que je buvais que je ne pouvais accorder à personne le respect qui lui était dû, tant je m’en voulais.
À bien des égards, boire était pour moi une façon de repousser le moment d’affronter mes émotions. Comme lorsqu’on remet une corvée à plus tard en faisant quelque chose d’agréable, tout en gardant constamment à l’esprit qu’elle reste à faire. L’alcool ne faisait jamais disparaître mon anxiété ; il ne faisait que m’en distraire. Une fois devenu sobre (pour de bon), j’ai exploré mes émotions et mon anxiété, et celle-ci a diminué lentement mais sûrement. J’ai reçu de l’aide, notamment lors de réunions et grâce à une thérapie, mais mon cheminement pour surmonter l’anxiété m’appartenait : c’est moi qui l’ai accompli, pas quelqu’un ni quelque chose d’autre. À toutes les personnes qui boivent pour repousser leurs sentiments d’anxiété, je conseille de prêter attention à ce qu’elles ressentent, car je doute que l’alcool les aide.
Arrêter l’alcool a changé ma vie. Cela m’a permis de cerner ce qui n’allait pas, d’y faire face et d’exprimer mes émotions. Aujourd’hui, quand je demande à d’autres personnes dépendantes à l’alcool : «Pourquoi buvez-vous ?», j’entends des prétextes semblables à ceux que je donnais : «Les fêtes me rendent anxieux» ou «J’ai peur de ne pas être intéressant». Pourtant, ces sentiments découlent souvent d’un manque d’estime de soi et d’un sentiment d’insécurité. Lorsque vous arrêtez de boire et prenez un peu soin de vous, vous finissez par reconnaître votre propre valeur. Au lieu d’entretenir le cycle de la consommation, vous pouvez être fier(ère) d’être sobre, et cette fierté renforce votre sentiment d’accomplissement et votre estime de vous-même.
Aujourd’hui, mon anxiété ne me retient plus et je noue des relations authentiques et profondes avec les personnes que je rencontre lors de fêtes et d’autres réunions conviviales.
I Am Sober est une application gratuite qui vous aide à reprendre un certain contrôle sur votre vie.